Autour de Minuit (Bertrand Tavernier, 1986)

Il y a  un an jour pour jour je commençais mes recherches sur le Paris Noir. J’ai passé des semaines à lire tout ce que je pouvais sur le sujet. Et puis quand il s’est agi de trouver un itinéraire pour la visite, le quartier de Saint-Germain s’est imposé comme une évidence. Pendant ces visites de préparation je suis tombé par hasard sur un mystérieux hôtel du nom de la Louisiane. Le nom me disait quelque chose. Je l’avais lu quelque part. Je savais que des jazzmen y avaient séjourné mais rien de plus. Le réceptionniste ne m’en disant pas davantage…

Et puis il y a quelques semaines j’ai regardé Autour de Minuit de Bertrand Tavernier (‘Round Midnight en anglais, du titre de Thelenious Monk) et j’ai compris.  Je savais que le film avait une belle bande-son et qu’il traitait des jazzmen à Paris. 

En fait c’est plus que ça. Le film est un hommage aux génies du Jazz qui ont illuminé Paris. On y assiste à la renaissance de Dale Turner, saxophoniste (fictif) de génie perdu dans la boisson.  Le personnage est librement inspiré des vies de Bud Powell et de Lester Young (à qui le film est d’ailleurs respectueusement dédié). Pour incarner le rôle, Tavernier fait appel à Dexter Gordon qui remplit le film de sa personne. Immense, beau et talentueux (puisqu’il a lui-même joué au Blue Note à la grande époque) ce sera malheureusement son unique premier rôle au cinéma. Cette remontée des enfers n’aurait pas été possible sans la foi de Francis, un dessinateur français passionné de musique, qui prend l’épave à bras le corps, le recueille et en fait une sorte de père adoptif. Le film est presque intégralement tourné en anglais. François Cluzet s’en sort avec brio !

Une bonne partie de l’intrigue se déroule à Paris entre deux lieux mythiques: Le Blue Note, club de Jazz disparu, situé à deux pas des Champs-Elysées. Entre 1958 et 1968 y passent les plus grands noms du Jazz. Aucun doute ce sont eux les véritables Niggas in Paris ! Le deuxième lieu, moins connu, est donc La Louisiane, rue de Seine dans le 6ème. Une petit îlot afro-américain au coeur de Saint-Germain, planqué entre une mini-pharmacie et le marché de la rue de Buci. On y voit des scènes de vie assez cocasses et il y règne une atmosphère d’entre-aide et de liberté. La maison a vu passer (entre autres) Miles Davis, John Coltrane, Bud Powell, Lester Young, Chet Baker, Archie Shep, Charlie Parker ou Dexter Gordon lui-même.

Une décennie où la capitale accueille l’élite afro-américaine (de Dizzy Gillespie à Richard Wright en passant par James Baldwin). Les discriminations et la ségrégation faisant encore rage Outre-Atlantique, Paris et la France sont une terre d’accueil pour bon nombre d’entre eux. C’est d’ailleurs toujours avec émotion et surprise que les touristes Afro-américains réagissent quand ils découvrent l’aventure parisienne de leurs illustres compatriotes.

Bref, je digresse mais pour revenir au film, la musique y est évidemment le thème central et les profanes comme les experts y trouveront leur compte. De nombreux sujets y sont traités avec subtilité. Le rapport entre les Français et les Américains dans la capitale (la « French arrogance » sujet de conversation intarissable), les addictions, la paternité, l’expatriation (voire l’exil). Et pour couronner le tout, Tavernier régale le spectateur de petites apparitions de luxe. Philippe Noiret, Eddy Mitchell en poivrot et surtout Martin Scorsese qui joue le rôle d’un impresario, caricature du New-Yorkais « asshole » comme le chuchote le héros.

Je vous le recommande vivement et pour en savoir plus je vous dis à bientôt sur une des visites du Paris Noir !

Kévi.

Ps : Et une bonne année !

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